Faut-il privilégier la croissance ou la rentabilité ?

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Croissance ou rentabilité ? C'est LE dilemme qui hante les nuits des entrepreneurs. D'un côté, la promesse d'une entreprise qui grossit vite et attire le capital. De l'autre, un modèle qui génère du profit dès maintenant. Pendant des années, la croissance à tout prix a dominé le débat. Mais le contexte a changé et les données récentes racontent une autre histoire.

Si vous dirigez une entreprise, on vous a forcément déjà posé la question : « Tu vises la croissance ou la rentabilité ? » Comme si les deux étaient incompatibles et comme s’il fallait choisir son camp une fois pour toutes entre ceux qui brûlent du cash pour conquérir leur secteur et ceux qui préfèrent un bilan sain, quitte à avancer moins vite. Pourtant, la réalité est plus nuancée. La bonne réponse dépend avant tout de votre modèle économique, de votre niveau de maturité, de votre secteur, de vos ressources et même de l’économie dans son ensemble. Une jeune entreprise en phase de lancement et une entreprise établie depuis dix ans ne jouent pas avec les mêmes règles, c’est évident.

Je vous propose donc de décortiquer ce que dit la recherche, quels indicateurs suivre, et surtout comment articuler croissance et rentabilité dans une stratégie cohérente sur le long terme. Parce que le vrai enjeu finalement, c’est bien la transition entre les deux.

Croissance et rentabilité : de quoi parle-t-on ?

Avant de trancher, posons une définition claire de chaque terme. Parce que derrière ces mots un peu fourre-tout se cachent des réalités très différentes selon les entreprises.

La croissance, ou la dynamique avant tout

augmentation de la taille de votre entreprise dans le temps (chiffre d’affaires, nombre d’employés, parts de marché, volume de services vendus). Autant dire que c’est un indicateur de dynamique. Une activité qui croît prouve que son offre rencontre son marché, que son modèle attire des clients et que son potentiel séduit les investisseurs.

Le hic ? La croissance coûte cher. Recruter, produire plus, ouvrir de nouveaux marchés, tout cela consomme du capital et souvent plus vite que les revenus ne rentrent. C’est pour cette raison qu’il est important de ne pas confondre croissance et succès.

La rentabilité, le nerf de la guerre

La rentabilité, elle, mesure la capacité de votre business à générer du profit par rapport aux ressources engagées. C’est donc plutôt un indicateur de santé financière. Une entreprise rentable n’a pas besoin de lever des fonds tous les dix-huit mois pour survivre, puisqu’elle s’autofinance, au moins en partie.

Concrètement, la rentabilité se lit dans votre bilan et dans quelques mesures clés, comme la marge nette, l’EBITDA ou le retour sur capital investi. Alors, oui, ces données paraissent un peu froides au premier abord, mais ce sont pourtant elles disent la vérité sur la solidité de votre modèle.

Pourquoi on les oppose à tort ?

Pendant des années, c’est le mantra du « growth at all costs », ou de la croissance à tout prix pour les plus français d’entre vous, qui a dominé, en particulier dans la tech. Le raisonnement était simple. Il fallait grossir vite pour verrouiller le marché, et la rentabilité viendrait plus tard. Sauf que « plus tard » n’arrive pas toujours, et beaucoup de sociétés en ont fait les frais quand le robinet du capital s’est refermé.

Aujourd’hui, l’approche est plus mesurée et doit surtout se trouver à travers un équilibre pérenne.

Que disent les études entre rentabilité d’abord et croissance ensuite ?

C’est là que ça devient intéressant. Une étude menée par les professeures Cyrine Ben-Hafaïedh (IÉSEG) et Anaïs Hamelin (EM Strasbourg) a analysé les données de plus de 650 000 entreprises européennes sur plusieurs années. Et leur conclusion bouscule pas mal d’hypothèses ancrées dans l’écosystème entrepreneurial.

L’effet « rentabilité d’abord »

D’après les résultats, dans tous les secteurs étudiés, les entreprises qui donnent la priorité à la rentabilité avant la croissance sont largement plus susceptibles de réussir à assurer à la fois la rentabilité et la croissance. Autrement dit, construire d’abord un modèle qui génère du profit, puis accélérer, produit de meilleurs effets sur la performance globale que l’inverse.

Ces travaux confirment d’ailleurs une étude antérieure de Per Davidsson, qui comparait déjà la croissance sans rentabilité au fait de mettre la charrue avant les bœufs, car la croissance n’est durable que si elle repose sur des fondations économiques saines.

Attention à la croissance qui masque un modèle fragile

Mais une forte augmentation du chiffre d’affaires peut aussi cacher une rentabilité faible, voire inexistante. Vous vendez plus, mais chaque vente vous coûte de l’argent. Votre dynamique de croissance devient en réalité une machine à creuser les pertes. À terme, c’est la trésorerie qui trinque et l’entreprise entière avec elle.

L’environnement économique de ces dernières années a de toute façon servi de piqûre de rappel. Quand le capital devient rare et cher, les entreprises non rentables sont les premières à souffrir, quelle que soit leur taille.

Selon le rapport de la Banque de France sur les startups, la part de startups rentables a progressé de 36 % en 2023 à 41 % en 2024, tandis que leur rythme de croissance ralentissait de +19 % à +13 % sur la même période.

Comment articuler les deux notions dans votre stratégie ?

Heureusement, vous n’avez pas à choisir pour l’éternité. La clé est surtout de savoir où vous en êtes et d’adapter vos priorités.

Étape 1 : validez un modèle rentable à petite échelle

Avant de penser expansion, assurez-vous que votre unité économique de base tient la route. Chaque client vous rapporte-t-il plus qu’il ne vous coûte ? Si la réponse est non, grossir ne fera qu’amplifier le problème. Trouvez la bonne formule, puis passez à l’échelle dans un second temps uniquement.

Étape 2 : pilotez avec les bons indicateurs

Voici quelques mesures à suivre de près, quel que soit votre secteur :

  • la marge brute et la marge nette, pour jauger la rentabilité réelle de vos services ou produits ;
  • le coût d’acquisition client comparé à la valeur vie client, l’indicateur roi de la viabilité du modèle ;
  • le taux de croissance du chiffre d’affaires, pour mesurer la dynamique commerciale ;
  • la trésorerie disponible, c’est-à-dire le nombre de mois avant la panne sèche.

Vous verrez ! Croiser ces données vous donnera une vision honnête de votre performance, bien plus fiable que le seul chiffre d’affaires affiché fièrement sur LinkedIn.

Étape 3 : réussissez la transition vers la croissance

Une fois la rentabilité prouvée, la transition vers une phase de développement accéléré devient beaucoup moins risquée. Vous pouvez réinvestir vos profits, lever du capital dans de meilleures conditions et recruter sans mettre l’entreprise en danger.

Une chose est sûre : ne sacrifiez pas l’humain dans l’équation. Eh oui ! La croissance repose sur le capital humain. Des employés bien formés, engagés et correctement accompagnés font toute la différence dans les phases d’accélération. Une étude sur les PME canadiennes montre d’ailleurs que le capital humain est un élément déterminant, qui joue un rôle positif dans l’atteinte d’un rendement supérieur. Le travail d’équipe et la qualité du management ne sont pas des petits sujets anodins, loin de là.

Et puis, pensez durable au lieu de penser rapide, car une croissance durable (qui respecte votre trésorerie, vos équipes et votre environnement de marché) vaut mieux qu’une hypercroissance qui s’effondre au premier retournement de l’économie. De toute façon, avec l’âge, les entreprises les plus solides sont rarement celles qui ont grandi le plus vite, mais plutôt celles qui ont grandi le plus intelligemment. Certaines en font même une marque de fabrique pour leur marketing !

Alors, croissance ou rentabilité ? La question est mal posée. Le vrai enjeu concerne l’ordre des priorités. Comme nous l’avons vu, les entreprises qui bâtissent d’abord un modèle rentable, puis investissent dans leur développement, surperforment celles qui foncent tête baissée dans la croissance. La rentabilité n’est donc pas l’ennemie de l’ambition. Au contraire, elle vous donne l’indépendance, le pouvoir de négociation et la résilience nécessaires pour accélérer au bon moment. Votre feuille de route est donc simple : validez votre modèle, suivez vos indicateurs, soignez votre capital humain et faites de la croissance une conséquence de votre solidité plutôt qu’un pari sur l’avenir.

FAQ — Les questions fréquemment posées

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Ludivine RETOURNÉ
Entrepreneuse depuis 2007, je baigne depuis 18 ans dans le marketing digital (storytelling, copywriting, rédaction) et le référencement. Mais c’est en travaillant de nombreuses années pour des professionnels de la création d'entreprise que je suis devenue, sans m'en rendre compte, une encyclopédie de l'entrepreneuriat. Sur ce blog, je partage avec vous mes conseils et astuces, mais aussi mes observations, pour développer votre activité sans vous prendre la tête ! Retrouvez-moi sur Linkedin

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