Vous venez de créer votre entreprise, les premières ventes sont tombées, et pourtant, vous n’avez plus d’argent sur votre compte ? Pas de panique ! C’est un scénario très fréquent chez les entrepreneurs qui débutent. Toutefois, il faut bien garder à l’esprit que si une activité peut être rentable sur le papier, elle peut aussi vous faire mettre la clé sous la porte très vite faute de cash disponible. Et justement, la gestion de la trésorerie est précisément ce qui fait la différence entre une activité qui survit à ses premiers mois et une autre qui s’essouffle dès le démarrage.
Comme je suis un peu rodée à l’exercice, je vous propose quelques conseils que j’ai moi-même mis en œuvre pour éviter les pièges les plus courants.
Qu’est-ce que la trésorerie exactement ?
Avant d’aller plus loin, je vais me permettre de faire un petit récapitulatif qui remettra les pendules à l’heure en cas de besoin.
La trésorerie est l’argent réellement disponible sur votre compte à un instant T. Évidemment, je parle bien du compte dédié à votre entreprise. Il ne s’agit donc pas de votre chiffre d’affaires ni de vos bénéfices projetés. C’est le solde qui fait tourner votre activité au quotidien et que vous pouvez utiliser maintenant pour payer vos fournisseurs, vos charges, votre personnel, etc.
Et n’allez pas croire que faire de belles ventes vous met à l’abri de tous les problèmes ! Vous pouvez tout à fait vous retrouver en difficulté financière, par exemple parce que vos clients vous paient à 60 jours alors que vos fournisseurs exigent un règlement immédiat. Eh oui ! Ce sont ces décalages entre les entrées et les sorties d’argent qui sont au cœur des problèmes de trésorerie les plus courants en phase de création.
Un tableau de trésorerie prévisionnelle : votre meilleur outil dès le jour 1
Le premier truc que vous devez mettre en place dès votre premier jour est un tableau de flux de trésorerie. Vous n’avez pas besoin d’un logiciel complexe au départ. Un simple fichier tableur suffit. Pour ma part, j’utilise le même Google Sheet depuis 7 ans, et ça fonctionne très bien.
L’idée est de lister moins par mois toutes vos entrées (paiements clients, apports en capital, aides au démarrage) et toutes vos dépenses (loyer, salaires, achats, assurances, TVA, remboursements de crédit). De cette façon, vous anticipez les périodes creuses avant qu’elles n’arrivent. Si vous voyez que dans deux mois votre solde tombe dans le rouge, vous avez encore le temps d’agir en relançant un client, en décalant une dépense ou en sollicitant un financement.
Si vous n’avez pas ce tableau prévisionnel, vous subirez les difficultés. Si vous l’avez, vous pilotez et passerez à travers les obstacles.
Attention néanmoins à bien mettre à jour votre tableau chaque semaine. Cela ne doit prendre que 10 à 15 minutes.
Estimez correctement votre BFR dès la création de votre entreprise
Le BFR (Besoin en Fonds de Roulement) est l’argent dont vous avez besoin pour financer le décalage entre le moment où vous dépensez et le moment où vous encaissez. C’est un point souvent sous-estimé au démarrage, parfois même ignoré.
Si vous achetez des produits ou des services pour les revendre, combien de jours s’écoulent entre votre dépense et l’encaissement client ? Multipliez par votre coût quotidien moyen, et vous obtenez une idée de votre BFR.
Plus vos délais de paiement client sont longs, plus votre BFR est élevé, et plus il faut prévoir de réserve financière.
Au moment de la création, incluez systématiquement ce montant dans votre plan de financement. En effet, beaucoup d’entrepreneurs prévoient de quoi acheter du matériel, mais oublient systématiquement de financer les premiers mois d’activité avant les premières rentrées.
Faites bien la différence entre rentabilité et trésorerie
Quand on débute à la tête d’une entreprise, il y a souvent des termes que l’on confond sans s’en rendre compte. C’est par exemple le cas de la rentabilité et de la trésorerie.
Quand votre marge est bonne et que vos ventes progressent, vous êtes tenté de vous dire que tout va bien. Et quelque part, c’est vrai. Sauf que si vos clients vous paient à 45 jours et que vous êtes à découvert depuis 3 semaines, les choses se compliquent.
La rentabilité est un résultat comptable là où la trésorerie est la réalité financière du moment. Une entreprise peut tout à fait être rentable sur l’année et faire faillite au milieu faute de cash pour passer un cap est difficile. Ce n’est pas pour rien que je vous bassine avec le suivi des flux, qui doit être aussi rigoureux que le suivi de votre chiffre d’affaires.
Maîtrisez vos dépenses sans freiner votre croissance
Je ne vais pas vous l’apprendre, au démarrage, chaque euro compte. Par conséquent, avant d’engager une dépense, posez-vous deux questions :
- est-ce vraiment nécessaire maintenant ?
- est-ce que ça génère directement de l’activité ou de la clientèle ?
Établir un budget avec un scénario minimum et un scénario maximum est une bonne pratique. Le scénario minimum vous dit combien il faut pour que l’entreprise tourne. Le scénario maximum intègre les imprévus, les coûts supplémentaires et les délais plus longs que prévu. Et en cas de doute, provisionnez toujours plus large, car les coûts ont souvent tendance à se révéler plus élevés que prévu, et les ventes un peu plus lentes.
Méfiez-vous aussi de la folie des grandeurs quand les premiers succès arrivent. Les dépenses excessives sur un pic d’activité, sans prévisionnel solide, causent généralement de graves difficultés aux jeunes entreprises en croissance.
Accélérez les paiements clients avec des astuces simples
Comme je l’ai évoqué plus haut, les délais de paiement sont souvent le principal ennemi de la trésorerie au démarrage d’une entreprise. Mais ce n’est pas une fatalité !
Voici quelques bonnes pratiques que vous pouvez mettre en place concrètement pour réduire les risques d’impayés :
- exigez des acomptes dès la commande, surtout pour les grosses affaires ou les services sur mesure ;
- proposez une réduction de 2 à 3 % en cas de paiement immédiat ou sous 10 jours (ça vous coûte un peu de marge, mais ça change tout pour votre cash) ;
- envoyez vos factures immédiatement, et pas uniquement en fin de mois, car chaque jour de gagné est un jour de trésorerie en plus ;
- relancez vos clients quelques jours avant le retard et n’attendez pas l’échéance (un mail de rappel courtois 5 jours avant suffit souvent à accélérer le paiement) ;
- fixez des conditions générales de vente très claires (délai de paiement, pénalités de retard, etc.) pour professionnaliser votre image et vous protéger.

Selon une étude d’Altares de septembre 2025, les retards de paiement seraient en hausse pour toutes les entreprises en France. Les délais de retard atteignent en moyenne 13,3 jours dans le secteur privé, contre 12 jours début 2024.
Anticipez les sorties récurrentes comme les charges et la TVA
Vous devez être très organisé en ce qui concerne la TVA, car si vous la dépensez en attendant de la reverser à l’État, vous vous mettrez dans de grandes difficultés. Pour ma part, j’ai un compte dédié uniquement aux sommes concernées sur lequel je renvoie l’argent à chaque entrée. De cette façon, j’évite tous les problèmes.
D’ailleurs, je fais exactement pareil pour les cotisations URSSAF, et je vous le conseille fortement, surtout que ces sorties sont prévisibles et peuvent être planifiées dans votre tableau de bord financier.
Ayez les bons outils pour vous en sortir
Vous n’avez pas besoin d’être un spécialiste en comptabilité pour gérer votre trésorerie. En effet, il existe des outils comptables très simples pour vous aider. Même un bon fichier Excel bien construit peut permettre de suivre vos flux en temps réel (à condition que vous soyez consciencieux dans sa mise à jour). Pour tout vous dire, je suis encore sur mon Google sheet créé il y a 7 ans.
L’important est d’être régulier. Faire un point hebdomadaire de 15 minutes vaut bien mieux qu’un audit mensuel en panique.
Et si vraiment votre activité est complexe (et je parle en particulier des statuts de sociétés), ou si vous faites face à des difficultés que vous ne parvenez pas à gérer, consultez un expert-comptable. Y avoir recours à un coût, certes, mais l’accompagnement proposé par cet interlocuteur peut sauver votre démarrage et vous permettre d’éviter bien des erreurs en ce qui concerne vos prévisions.
Je pense avoir fait le tour. Comme vous pouvez le voir, gérer sa trésorerie lorsqu’on débute n’est pas réservé aux as de la finance. C’est avant tout une question de méthode, d’organisation, de rigueur et d’anticipation. Avec un plan de trésorerie prévisionnel, une juste estimation de votre BFR, une stricte surveillance de vos délais de paiement client et le provisionnement de vos charges et de votre TVA, vous ferez une vraie différence. Parce que même avec la meilleure idée du monde et une clientèle enthousiaste, si vous n’avez pas une gestion financière saine, votre entreprise ne peut pas tenir la route.

