Vous avez lancé votre activité en micro-entrepreneur, tout va bien, mais vous vous demandez si ce statut est encore adapté à votre situation ? Entre le chiffre d’affaires qui grimpe, les clients plus exigeants et les charges qui pèsent différemment, la question de passer en société peut en effet se poser. Peut-être même que, comme moi, vous vous apprêtez à dépasser le plafond de chiffre d’affaires autorisé pour la deuxième année consécutive, et que vous vous demandez si vous n’auriez pas meilleur intérêt de ralentir un peu la cadence pour rester en auto-entreprise ? Vous l’aurez compris, je suis directement concernée par le sujet, alors je vous propose de faire le point ensemble pour tenter d’y voir plus clair.
Le régime micro-entrepreneur : une solution simple, mais limitée
Le régime de l’auto-entreprise est idéal pour entrer en douceur dans le monde des indépendants. Déclaration simplifiée, cotisations sociales calculées sur le chiffre d’affaires, comptabilité limitée, aucune formalité compliquée au démarrage, c’est clairement l’outil parfait pour tester une activité et démarrer sans se prendre la tête.
Mais évidemment, ce statut a des contraintes, de lourdes contraintes même, qui deviennent bien visibles quand l’activité décolle.
Premier frein, les plafonds de chiffre d’affaires. En 2026, ces derniers sont fixés à 203 100 € pour les activités commerciales et 83 600 € pour les prestations de services, selon la nature de l’activité exercée. Si vous dépassez ces seuils deux années de suite, vous basculez automatiquement vers un autre régime (entreprise individuelle classique).
Deuxième frein, la TVA. Là encore, en dessous d’un certain plafond (37 500 € pour les prestations de services commerciales ou artisanales et les activités libérales, et 85 000 € pour les autres activités), vous êtes en franchise de TVA, ce qui vous permet de ne pas y être assujetti. Toutefois, pour certains clients professionnels, cela peut devenir gênant, voire limiter votre crédibilité.
Bon, à ce sujet, je dois quand même vous avouer que je ne suis passée à la TVA qu’il y a deux ans, et que j’ai travaillé sans problème avec des entreprises, en étant en franchise en base de TVA, pendant plus de 15 ans. Jamais aucun client n’a refusé de travailler avec moi parce que je ne facturais pas la TVA. Néanmoins, j’ai entendu des témoignages qui vont en ce sens. Il faut donc être conscient que ça existe.
Il y a aussi la question de la récupération de la TVA sur vos achats professionnels. Si, tout comme moi, vous n’avez que très peu de charges (parce que vous travaillez depuis chez vous, sans jamais vous déplacer, par exemple), l’auto-entreprise n’est pas un problème. En revanche, si vous êtes amené à régulièrement acheter du matériel, à vous déplacer à des rendez-vous, à souscrire à des abonnements de logiciels, etc., ne pas pouvoir récupérer la TVA (que vous payez) peut rapidement s’avérer problématique. C’est donc un point à prendre en compte dans votre raisonnement.
Troisième et dernier frein, souvent le plus négligé, le patrimoine personnel. En effet, en auto-entreprise, vous êtes travailleur indépendant sans séparation entre votre patrimoine personnel et professionnel (même si la résidence principale est protégée). Cela signifie qu’en cas de litiges ou de dettes professionnelles, vous pouvez faire face à de vrais problèmes.
Toutefois, je nuancerai là encore cette théorie, qui ne s’applique pas pareil pour tout le monde. Pour moi et mon activité dans le secteur du digital, le risque est inexistant, mais pour des professionnels du bâtiment, par exemple, le risque est très différent.
SASU ou EURL : que choisit-on en général ?
Si vous devez évoluer et changer le statut de votre activité, par choix ou parce que vous y êtes obligé, je vous déconseille quoi qu’il arrive de rester en entreprise individuelle (c’est vers ce régime que vous basculez automatiquement si vous dépassez le seuil du chiffre d’affaires de l’AE pendant deux années consécutives). Pourquoi ? Parce qu’il ne vous procure pas beaucoup d’avantages en comparaison d’autres statuts comme la SASU ou l’EURL.
Ce sont d’ailleurs les deux formes juridiques qui reviennent le plus souvent après quelques années passées en auto-entreprise. Et ce n’est pas pour rien !
En EURL, vous êtes travailleur non salarié (TNS), avec des cotisations sociales moins élevées (mais toujours plus qu’en micro-entreprise) et une protection sociale plus limitée (là-dessus, on ne change pas une équipe qui gagne). À l’inverse, en SASU, vous êtes assimilé salarié, ce qui vous ouvre l’accès au régime général de la Sécurité sociale. Néanmoins, vos cotisations sont plus importantes, même si elle vous offre une meilleure couverture sociale et des droits au chômage sous conditions.
Cela va sans dire, faire un choix entre ces deux options dépend avant tout de votre situation (niveau de revenu, tolérance au risque, besoins en termes de protection sociale, stratégie de rémunération, etc.). Dans l’absolu, il n’y a pas de bon ou de mauvais choix.
Mais alors, pourquoi passer en société et ne pas rester en auto-entreprise ?
Si vous êtes au cours de votre potentielle deuxième année de dépassement du chiffre d’affaires maximum autorisé pour l’auto-entreprise, et que vous hésitez à ralentir votre activité pour ne pas être obligé de changer, vous vous demandez sûrement ce que vous avez à gagner à passer en société.
Même si j’ai déjà donné des éléments de réponse plutôt concrets précédemment, je vous propose de récapituler les quatre raisons pour lesquelles vous devriez y réfléchir si vous vous sentez concerné.
La première, c’est la séparation de votre patrimoine. En société, votre responsabilité est limitée à vos apports, ce qui signifie que vos biens personnels sont protégés en cas de coup dur. Si vous signez des contrats importants ou si vous avez des engagements financiers conséquents vis-à-vis de vos clients, c’est une vraie sécurité que vous ne devez pas négliger.
La seconde raison est sans aucun doute la flexibilité de la rémunération. En société, vous pouvez vous verser un salaire (et donc vous faire un contrat en CDI), vous distribuer des dividendes, voire combiner les deux. Et cette souplesse n’est pas négligeable, puisqu’elle vous permet d’optimiser votre imposition et vos cotisations sociales selon les années. Ça, c’est impossible en régime micro.
De même, et j’en parlais précédemment, la crédibilité professionnelle peut être une question épineuse. Avoir une société avec un capital social peut significativement rassurer certains clients pour certains services ou certaines prestations. C’est notamment le cas des grandes entreprises. Ce n’est pas pour rien que la micro-entreprise n’est pas le statut le plus approprié pour participer à des appels d’offres. Même si vous pouvez essayer, il y a de fortes chances que vous ne les gagniez jamais.
Enfin, la déduction des charges réelles est le dernier gros avantage. Contrairement au micro-entrepreneur qui se voit appliquer un abattement forfaitaire, le dirigeant de société peut déduire ses charges réelles (matériel, loyer, frais de véhicule professionnel, frais de formation, etc.). Si vos frais professionnels sont élevés, le bénéfice fiscal est significatif.
Quid des avantages de l’auto-entreprise ?
Parce que j’aime le statut de l’auto-entreprise, je trouverais très malhonnête de ne pas parler des avantages de cette dernière face aux différentes formes de sociétés.
Déjà, parlons de la comptabilité. Si vous passez en société, vous ne pourrez plus vous contenter de faire votre déclaration en cinq minutes sur le site de l’URSSAF. Avec une telle entreprise, vous devez tenir une comptabilité complète, déposer des comptes annuels, payer un expert-comptable (souvent entre 1 500 et 3 000 € par an, selon la complexité de votre activité).
Ne parlons pas non plus des formalités de création, parce que créer une SASU ou une EURL exige que vous rédigiez des statuts juridiques, que vous publiiez une annonce légale, et que vous immatriculiez la société à travers un dossier à déposer au greffe. Non seulement toutes ces démarches prennent du temps, mais elles ont un coût (entre 200 et 500 € si vous gérez tout vous-même, et plus si vous passez par un professionnel).
Quant aux charges sociales, celles de l’auto-entreprise sont évidemment incomparables. En régime micro, vos cotisations sont proportionnelles à votre chiffre d’affaires. Si vous ne gagnez rien, vous ne payez rien. Or, en société, le statut de salarié implique forcément des charges, y compris pour un salaire modeste.
Et puis, de manière générale, la gestion administrative est bien plus complexe en société. Déclaration de TVA, liasses fiscales, assemblée générale annuelle (même pour une société unipersonnelle), gestion des démarches sociales, etc., la charge est réelle et ne doit pas être sous-estimée.

Selon l’INSEE, dans son rapport Insee Première n°2092, en 2025, 758 600 micro-entreprises ont été immatriculées en France, sur un total de 1 165 800 créations d’entreprises, soit près de 2 créateurs sur 3 qui optent pour ce régime.
Alors, le passage en société vaut le coup ou pas ?
Pour ma part, j’ai fait le choix de ralentir mon activité pour ne pas dépasser le seuil du chiffre d’affaires de l’AE pour la deuxième année consécutive, parce que je ne suis pas concernée par les contraintes de la micro susmentionnées. De plus, ledit dépassement ne serait pas suffisamment significatif pour être compensé par les frais et le changement de rémunération induit avec un éventuel passage en société.
Je ne suis pas en train de vous inciter à faire de même, loin de moi cette idée. Mais on en revient toujours au même point : tout dépend de votre situation.
Si votre chiffre d’affaires approche et peut dépasser significativement les plafonds du régime micro, si vous avez des charges professionnelles importantes non déductibles en micro, si vous souhaitez vous associer ou lever des fonds dans un avenir proche, si vous avez souvent des retours négatifs de potentiels clients échaudés par votre statut, si vous voulez optimiser votre protection sociale, ou si vous avez des actifs personnels à protéger, il est probablement temps de franchir le pas.
A contrario, si votre activité ne comporte aucun vrai risque, si vous n’avez pas de charges, si votre chiffre d’affaires ne peut pas dépasser le plafond du chiffre d’affaires de l’AE de manière suffisamment conséquente, et si vous aimez la simplicité du régime actuel, restez en auto-entreprise ! Après tout, elle a été conçue pour ça.
Ce qu’il faut retenir, c’est que si vous vous posez la question de passer de l’auto-entreprise à une société, c’est que votre activité se porte bien et qu’elle a mûri. Certes, un tel changement est une étape logique pour beaucoup d’entrepreneurs indépendants qui veulent structurer leurs projets plus sérieusement, mais ce n’est pas une décision à prendre à la légère ni par imitation. Faites le point sur votre chiffre d’affaires réel, vos charges, vos objectifs à moyen terme et, si possible, parlez-en avec un expert-comptable (je l’ai fait, et son opinion rejoignait la mienne).

