J’ai longtemps cru que pour réussir en freelance, il fallait courir. Courir après les clients, les objectifs, les projets, les résultats, etc. Et puis un jour, j’ai réalisé que cette course ne menait qu’à une chose : le burn-out. Mon activité tournait, certes, mais moi, je m’éteignais doucement. J’étais devenue l’assistante à plein temps de mon propre business. C’est à ce moment-là que j’ai découvert le slowpreneuriat.
Alors oui, beaucoup pensent que c’est une mode ou une excuse pour faire moins. Sauf que dans les faits, c’est une autre vision, un choix, une façon plus naturelle ou plus normale d’entreprendre et de diriger son activité.
Le slowpreneuriat : un état d’esprit
On pourrait définir le slowpreneuriat comme l’art de faire du business autrement, puisqu’il s’agit d’adopter un rythme plus doux, plus humain, dans une société qui valorise la vitesse, la performance et la surcharge de tâches. À contre-courant de toutes ces injonctions, le slowpreneur refuse de se laisser épuiser par une activité qui ne respecte ni ses valeurs ni ses limites.
Quand on parle d’entrepreneuriat, on entend souvent qu’il faut « être partout », dire oui à tout, maximiser sa productivité, répondre à ses clients en un clin d’œil et enchaîner les projets. Mais à terme, je ne vous l’apprends pas, ce mode de travail épuise. Il nous coupe de notre énergie, de notre créativité, et parfois même du sens de ce que l’on fait.
Moi aussi, j’ai été dans cette spirale. C’était en 2016. Quand j’ai repris après plusieurs mois de pause, j’ai choisi de faire autrement. J’ai remis un peu de slow dans mon quotidien et beaucoup de lien avec mon corps, mes émotions et mes vrais désirs. Parce qu’être slowpreneur, c’est faire de la place à la qualité plutôt qu’à la quantité, mais c’est aussi accepter qu’une activité n’est pas linéaire.

Le slowpreneuriat s’inspire du mouvement slow, né dans les années 80, qui prône une relation plus consciente au temps et au travail.
Ralentir pour mieux durer, tel est le credo du slowpreneuriat
S’il y a bien une chose que le slowpreneuriat m’a apprise, c’est que ralentir n’est pas renoncer. Au contraire. C’est tenir et avancer autrement, en respectant son environnement et sa vie.
Dans mon cas, j’ai choisi de dire non à certains clients pour rester fidèle à mes valeurs. Mais j’ai aussi choisi de revoir mon organisation pour alléger mes tâches, de prendre moins de prestations en même temps, et surtout de raccourcir mes journées de travail pour éviter la saturation. Et d’ailleurs, au passage, j’en ai profité pour arrêter de me comparer aux autres entrepreneurs, qui n’ont ni les mêmes besoins ni les mêmes limites.
Et croyez-moi, il est tout à fait possible d’adopter une cadence plus douce, plus juste, et qui laisse de la place à des projets personnels, tout en atteignant des objectifs business. Pour être tout à fait transparente, mon chiffre d’affaires n’a jamais été aussi élevé que depuis que j’ai adopté cette approche (et mes collaborations sont bien plus intéressantes qu’elles ne l’étaient avant).
Comment appliquer les principes du slowpreneuriat ?
Tout d’abord, soyez conscient que le slowpreneuriat est un engagement, un repositionnement profond de votre mode de travail. Or, ça commence par une question simple : pourquoi vous faites ce que vous faites ? Quelle est la vision qui vous anime ? À quoi voulez-vous que ressemble votre vie ?
Comme je le disais précédemment, j’ai fait plusieurs ajustements dans mon quotidien. Étant donné que je travaille seule et que je n’ai pas de collaborateurs, je ne peux pas déléguer quoi que ce soit. C’est pour cette raison que je ne m’embarque plus dans des collaborations au cours desquelles je ne serais pas 100 % en confiance et en mesure de réaliser, moi-même, et facilement, ce que l’on attend de moi.
Mais au-delà de ça, j’ai surtout appris à planifier mes tâches en respectant mes limites et mes cycles d’énergie (et croyez-moi, ils sont compliqués à gérer ceux-là). Mes journées de travail sont plus courtes, mes week-ends sont complètement déconnectés, et j’intègre bien plus de moments off, sans aucune culpabilité, pour me reconnecter à ce qui me nourrit : l’écriture, la lecture, la nature, etc. Ah, et aussi, je n’hésite plus à prendre des vacances, de vraies vacances, pas celles où je reste connectée à mon ordinateur et à mes mails.
Vous l’aurez donc compris, le slowpreneuriat n’implique pas de faire lentement, mais de faire ce qui est juste et de le faire au bon rythme. L’enjeu est de redonner de la valeur au temps long, à la maturation et aux liens profonds avec les clients. C’est exactement pour cela que j’accepte uniquement des missions à long terme.
Non, le slowpreneuriat n’est pas réservé à une élite
Si vous pensez que le slowpreneuriat est réservé à certains freelances qui peuvent se permettre de lever le pied, je vous le dis tout de suite, vous vous trompez. Et j’irais même plus loin ! En adoptant cette approche, vous faites un acte profondément politique, quasi militant, dans un environnement professionnel qui ne laisse jamais de place au bien-être personnel.
C’est une démarche d’autant plus utile que je vois l’entreprise, mon entreprise, comme un écosystème presque vivant. Pour perdurer et pour performer (pour que je perdure et pour que je performe, donc), elle a besoin d’espace et de repos, tout simplement parce que moi aussi. Quand on est un entrepreneur épuisé et lessivé qui ne sort jamais la tête de l’eau, on finit par ne plus rien faire de bon à plus ou moins court terme.
La santé mentale n’est pas un luxe et, par conséquent, le slowpreneuriat non plus. Même si le concept en lui-même ne révolutionne pas le monde et se résume à prendre de bonnes habitudes en travaillant autrement, il a le mérite de mettre le doigt sur une problématique majeure de notre société, celle de l’hyper productivité, qui ne touche d’ailleurs pas que les entrepreneurs (coucou, les salariés).
En bref, le slowpreneuriat, c’est reprendre la main sur sa vie et son activité, en décidant de créer une activité plus équilibrée pour soi. Est-ce que c’est facile ? Non. Il est évident que c’est beaucoup plus difficile pour un entrepreneur qui débute que pour un entrepreneur bien installé (et je suis bien placée pour le savoir). Mais ce n’est pas impossible. Il faut néanmoins une bonne dose de lucidité, tout comme il faut savoir faire des choix parfois inconfortables et avoir une vraie confiance en sa vision. Apprenez déjà à dire non, à écouter vos limites et à remettre du sens dans vos actions. À votre rythme !
Un commentaire
je suis vraiment intéressé par l’article.J’aimerais plus d’articles pareils.