Si vous êtes auto-entrepreneur ou que vous envisagez de créer votre micro-entreprise, vous avez peut-être entendu parler des nouveaux plafonds qui sont entrés en vigueur en 2026. Mais peut-être aussi que vous n’en aviez aucune idée, tout comme moi jusqu’à hier alors que je suis pourtant en auto-entreprise (les cordonniers sont définitivement les plus mal chaussés). Je me suis donc dit qu’il pouvait être intéressant de refaire le point ici, au cas où certains retardataires auraient également raté l’information, d’autant plus que l’augmentation n’est pas anodine.
Pourquoi les seuils ont changé en 2026 ?
Si vous avez déjà une auto-entreprise depuis plusieurs années, vous savez probablement que les plafonds de chiffre d’affaires du régime micro ne sont pas gravés dans le marbre. Au contraire, l’administration les révise périodiquement pour coller à la réalité économique, et notamment à l’inflation. C’est pour cette raison que la loi prévoit une réévaluation tous les trois ans, ce qui explique les nouveaux montants valables pour la période 2026-2028 (et qui remplace ceux appliqués depuis 2023).
Quels sont les nouveaux plafonds de chiffre d’affaires pour 2026-2028 ?
Voici ce qui change concrètement pour les micro-entrepreneurs selon leur type d’activité.
Pour la vente de marchandises et l’hébergement
Pour les activités de vente de marchandises, d’objets, de fournitures et de denrées, ainsi que pour les prestations d’hébergement (y compris les meublés de tourisme classés), le nouveau plafond de chiffre d’affaires passe à 203 100 € contre 188 700 € auparavant.
C’est donc une hausse loin d’être anecdotique. Pour un entrepreneur qui fait de la vente en ligne ou qui tient un gîte, ça peut changer la donne sur la gestion annuelle de son activité.
Pour les prestations de services
Pour les prestations de services qui relèvent des BIC (bénéfices industriels et commerciaux) ou des BNC (bénéfices non commerciaux), ainsi que pour les locations de logements meublés non classés, le seuil du chiffre d’affaires monte à 83 600 € (contre 77 700 € en 2025).
Concrètement, ça concerne les freelances, les consultants, les professions libérales, les coachs, les développeurs, les graphistes, en bref, toute la galaxie des professionnels du service et des activités libérales.
Pour les activités mixtes
Sans surprise, si vous cumulez vente et services dans votre micro-entreprise, le chiffre d’affaires global ne doit pas dépasser 203 100 €, avec une limite spécifique de 83 600 € pour la part liée aux services.
Par exemple, vous vendez des produits artisanaux (BIC) et proposez des ateliers de création (BNC). Votre CA total peut aller jusqu’à 203 100 €, mais la part « ateliers » ne peut pas excéder 83 600 €. Si vous déclarez vos revenus sans tenir compte de cette répartition, vous risquez un redressement.

+7,6 %, c’est la hausse des seuils de chiffre d’affaires de la micro-entreprise en 2026 par rapport aux plafonds en vigueur depuis 2023, une revalorisation alignée sur l’inflation.
Quid des seuils de la TVA ?
Comme vous le savez, le régime de la micro-entreprise est indissociable de la franchise en base de TVA. Tant que vous restez sous certains seuils, vous n’avez pas à facturer la TVA à vos clients ni même à la déclarer. C’est évidemment l’un des grands avantages du statut.
À ce titre, les seuils de franchise TVA sont distincts des plafonds de chiffre d’affaires du régime micro. Pour l’année 2026, ces derniers restent inchangés, à savoir :
- 85 000 € pour les activités de négoce ou prestations d’hébergement ;
- 37 500 € pour les prestations de services autres que les ventes à consommer sur place et les prestations d’hébergement.
En cas de dépassement, la franchise en base peut toutefois continuer à s’appliquer durant l’année concernée, sous réserve de ne pas dépasser les seuils majorés fixés à :
- 93 500 € pour les activités de négoce ou prestations d’hébergement ;
- 41 250 € pour les prestations de services autres que les ventes à consommer sur place et les prestations d’hébergement.
Si vous dépassez ces seuils majorés, la franchise cesse de s’appliquer dès le premier jour du mois de dépassement.
Attention au prorata des plafonds
Vous ne le savez peut-être pas, mais lorsque vous lancez votre micro-entreprise, les seuils ne s’appliquent pas en valeur pleine durant la première année si vous démarrez en cours d’exercice. En effet, ils sont calculés au prorata du nombre de jours d’activité.
Par exemple, si vous créez votre activité de prestations de services le 15 avril 2026, il reste 261 jours jusqu’au 31 décembre. Par conséquent, votre plafond réel pour l’année suit la formule suivante :
83 600 € × 261 / 365 ≈ 59 780 €.
C’est donc un calcul à faire dès le lancement de votre activité. Inutile de viser les 83 600 € si votre seuil réel est inférieur de 30 %, car vous sortiriez du régime micro sans vous en rendre compte.
Que se passe-t-il en cas de dépassement ?
Beaucoup de micro-entrepreneurs pensent qu’un simple dépassement du chiffre d’affaires sur une année les met hors-jeu. Mais c’est faux !
Effectivement, un dépassement sur une année n’a pas d’impact immédiat sur votre statut. C’est uniquement si vous dépassez les plafonds sur deux années consécutives que vous basculez automatiquement vers le régime réel d’imposition, et ce, au 1er janvier de l’année qui suit le second dépassement.
Dans un tel cas de figure, vous devrez faire face à trois conséquences significatives.
D’une part, votre fiscalité change. Terminé le calcul d’impôt sur un abattement forfaitaire ! Vous devenez imposé sur votre bénéfice réel, ce qui est surtout avantageux lorsque vous avez beaucoup de charges (à l’inverse, c’est désavantageux si vous n’en avez pas).
D’autre part, vos cotisations sociales augmentent. Et pour cause, puisque vous quittez le régime micro-social (taux fixes déclarés chaque mois au trimestre à l’URSSAF) pour rejoindre le régime social des entrepreneurs individuels plus complexe à gérer.
Enfin, votre comptabilité évolue. Adieu la déclaration simplifiée du chiffre d’affaires ! Bonjour bilan, compte de résultat et tenue complète des comptes. Je ne vais pas vous faire un dessin, la gestion s’alourdit et le recours à un comptable devient souvent indispensable.
Tout ça pour dire que les nouveaux seuils de chiffre d’affaires pour la micro-entreprise sur la période 2026-2028 vous apportent plus de marge pour développer votre activité sans craindre de déclencher un changement de régime. Pour les entrepreneurs dont le chiffre d’affaires était déjà proche des anciens plafonds, c’est une annonce bienvenue qui ne peut pas faire de mal.

