Qu’est-ce que la délégation de pouvoir ?

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Quand une entreprise grandit, le dirigeant ne peut plus tout faire tout seul. Superviser la sécurité sur plusieurs sites, signer tous les contrats, gérer chaque domaine réglementaire, à un moment, c’est humainement impossible. C’est justement là qu’intervient la délégation de pouvoir, un mécanisme juridique qui permet au chef d’entreprise de confier une partie de ses responsabilités à un salarié de confiance. Si elle est simple en apparence, elle est surtout redoutablement encadrée en pratique. Vous ne connaissez pas bien cette option ? Je vous explique tout.

Délégation de pouvoir : de quoi parle-t-on exactement ?

La délégation de pouvoir est un acte juridique par lequel le dirigeant d’une société transfère à un délégataire, généralement un cadre, une partie de ses pouvoirs et des responsabilités qui vont avec. Le salarié désigné agit alors au nom de la société, dans le périmètre défini par la délégation.

Attention à ne pas la confondre avec la délégation de signature, car dans ce cas, le délégataire peut signer un acte (un contrat, un chèque) à la place du dirigeant, bien que ce dernier conserve sa responsabilité pénale. La délégation de pouvoir, elle, va plus loin, en transférant aussi la responsabilité.

Qui peut déléguer ? Et qui peut recevoir une délégation ?

Seul un dirigeant au sens large (chef d’entreprise, PDG, gérant) peut être le délégant. Et la jurisprudence est très claire à ce propos : la délégation de pouvoirs ne se justifie que dans des entreprises d’une certaine taille ou d’une certaine complexité. Une structure avec un seul site et peu de salariés ne pourra très probablement pas en invoquer la nécessité.

Quant au délégué, il doit remplir trois conditions cumulatives :

  • la compétence, en maîtrisant le domaine délégué et en ayant les connaissances techniques et juridiques pour exercer la mission ;
  • l’autorité, à savoir avoir un réel pouvoir de décision et d’action sur les salariés et les ressources concernés ;
  • les moyens, qu’ils soient humains, financiers ou matériels.

Si l’un de ces éléments fait défaut, la délégation est impossible. Et en cas d’infraction, c’est sur le dirigeant que les conséquences retombent.

À noter aussi que, dans certains cas, un délégataire peut transférer à son tour une partie de ses pouvoirs à un autre salarié. On parle alors de subdélégation. Évidemment, le sous-délégataire doit lui aussi remplir les mêmes critères de compétence, d’autorité et de moyens.

Quand et pourquoi déléguer des pouvoirs ?

Dans le domaine de la sécurité et/ou de l’hygiène au travail, la délégation de pouvoir peut vite devenir quasi obligatoire. Dès lors que la taille ou l’organisation de l’entreprise empêche le chef d’entreprise de veiller personnellement au respect de la réglementation, il doit déléguer. Faute de quoi, sa responsabilité pénale est directement engagée.

En dehors de ces cas spécifiques, la délégation reste facultative, mais peut s’avérer très utile dans plusieurs situations :

  • le dirigeant est débordé ou souvent absent (déplacements à l’étranger, etc.) ;
  • l’entreprise est multi-sites et nécessite des décisions rapides au niveau local ;
  • l’entreprise est implantée dans des domaines qui requièrent une expertise pointue (droit du travail, gestion des risques industriels, fonction juridique, etc.).

Dans tous ces cas, déléguer permet de fluidifier l’organisation, d’améliorer la prise de décision et de responsabiliser les cadres sur le terrain.

Selon le rapport annuel de l’Assurance Maladie sur les risques professionnels, la France recense chaque année plus de 700 000 accidents du travail, un chiffre qui illustre pourquoi l’obligation de mettre en place une délégation de pouvoir en matière de sécurité est l’une des rares exceptions légales à caractère quasi-obligatoire pour les dirigeants d’entreprise.

Comment rédiger une délégation de pouvoir valable ?

La validité d’une délégation de pouvoir repose sur plusieurs éléments que les tribunaux scrutent attentivement.

Déjà, il faut un périmètre précis. On ne peut pas déléguer la totalité des pouvoirs du dirigeant. La délégation doit viser un domaine identifié et dresser des fonctions claires. Ensuite, le consentement du délégataire doit être explicite en ce qui concerne la mission, et, comme évoqué plus haut, l’entreprise doit disposer de moyens réels. Enfin, l’antériorité doit être prouvable. En cas d’infraction, la preuve que la délégation existait avant les faits est indispensable.

Paradoxalement, aucun formalisme n’est imposé. Mais en pratique, mieux vaut rédiger un document écrit qui mentionne l’identité du délégant et du délégataire, la description précise des pouvoirs délégués, les moyens alloués, la durée, la date de prise d’effet et la signature des deux parties.

Délégation de pouvoir et responsabilité : qui répond de quoi ?

La délégation de pouvoir opère un transfert de responsabilité pénale. Si le délégataire commet une infraction dans le cadre de sa mission déléguée, c’est évidemment lui qui est considéré comme responsable, et non plus le dirigeant.

Mais ce transfert a des limites. Le dirigeant reste en ligne de mire si :

  • l’infraction sort du périmètre de la délégation ;
  • le délégataire n’avait pas les compétences, l’autorité ou les moyens nécessaires ;
  • la délégation a été mise en place artificiellement pour fuir la responsabilité pénale ;
  • l’existence ou l’effectivité de la délégation ne peut pas être prouvée.

Par ailleurs, la responsabilité civile du dirigeant et de la société subsiste, quoi qu’il arrive. Déléguer a ses limites.

 

En bref, la délégation de pouvoir est un outil de gestion et d’organisation particulièrement puissant pour une entreprise qui grandit et un dirigeant qui commence à être dépassé. Elle permet de responsabiliser les cadres, de structurer les fonctions, de sécuriser la conformité réglementaire (notamment en matière de sécurité) et d’assurer la continuité des décisions. Toutefois, elle ne peut pas être faite à tort et à travers. La jurisprudence a posé de strictes conditions de validité au fil des années, et ni le délégant ni le délégataire ne peuvent les ignorer.

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Ludivine RETOURNE
Entrepreneuse depuis 2007, je baigne depuis 18 ans dans le marketing digital (storytelling, copywriting, rédaction) et le référencement. Mais c’est en travaillant de nombreuses années pour des professionnels de la création d'entreprise que je suis devenue, sans m'en rendre compte, une encyclopédie de l'entrepreneuriat. Sur ce blog, je partage avec vous mes conseils et astuces, mais aussi mes observations, pour développer votre activité sans vous prendre la tête ! Retrouvez-moi sur Linkedin

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