Vous avez un projet d’entreprise qui vous tient à cœur, mais votre compte en banque ressemble plutôt au désert du Sahara ? Pas de panique ! Depuis 2003, la loi autorise la création d’une SARL, une EURL, une SAS ou une SASU avec un capital social de seulement un euro. Mais entre ce qui est légalement possible et ce qui est stratégiquement intelligent, il y a parfois tout un monde. Alors, faut-il vraiment oser se lancer avec un capital minimum d’un euro symbolique ou est-ce jouer avec le feu ? Personnellement, j’ai mon petit avis là-dessus.
Qu’est-ce que le capital social exactement ?
Avant de foncer tête baissée, je pense qu’un petit rappel est nécessaire pour ceux du fond.
Le capital social est la somme des apports réalisés par les associés lors de la création d’une société. Lesdits apports peuvent être en numéraire (de l’argent, ni plus ni moins), en nature (du matériel, un véhicule, un local) ou en industrie (vos compétences et votre savoir-faire, même si ce dernier type ne compte pas dans le capital pour la majorité des formes juridiques).
Ce montant figure obligatoirement dans vos statuts et apparaît sur tous vos documents officiels. C’est en quelque sorte la mise de départ de votre business, celle qui doit permettre de financer les premières étapes de votre lancement. En échange de leur apport, les associés reçoivent des parts sociales (pour une SARL ou une EURL) ou des actions (pour une SAS ou une SASU).
Pourquoi se lancer avec un capital faible est tentant ?
L’argument est séduisant sur le papier. C’est vrai après tout. Pourquoi bloquer de l’argent dans votre société quand vous pouvez démarrer avec un euro ? Il peut être plus judicieux de garder sa trésorerie personnelle disponible, surtout quand les finances sont serrées. Et puis franchement, tout le monde n’a pas 10 000 euros qui traînent sur un compte.
De plus, avec un capital minimum, vous pouvez tester votre activité sans vous engager financièrement. Si ça ne marche pas, les pertes sont limitées. Et si, au contraire, votre entreprise décolle, vous pourrez toujours procéder à une augmentation du capital plus tard, quand l’argent rentrera.
Enfin, les formalités de création restent les mêmes, que vous mettiez un euro ou 50 000 euros.

Pour les SA et SCA, le capital social doit être au minimum de 37 000 euros.
Quel est le vrai problème du capital social à un euro ?
Mais dans le fait, la réalité est un peu moins jolie.
Effectivement, un capital social dérisoire envoie un message plutôt négatif à vos partenaires. Imaginez la tête de votre banquier quand vous lui demanderez un prêt alors que même vous, le créateur, n’avez pas eu assez confiance en votre projet au point d’y mettre un minimum d’argent. Niveau crédibilité, on a vu mieux.
Et puis, les fournisseurs aussi regardent ce chiffre. Accorder des délais de paiement à une société qui affiche un euro de capital, c’est risqué. Beaucoup exigeront des paiements comptants ou des garanties personnelles. Même combat du côté des clients. Dans certaines industries, notamment le BTP ou les services aux entreprises, un capital faible peut carrément vous disqualifier des appels d’offres.
Quid de la responsabilité ?
Attention également à une fausse croyance répandue qui dit qu’avec une SARL, une EURL, une SAS ou une SASU, la responsabilité est automatiquement limitée au montant des apports. En théorie, c’est vrai. Dans la pratique, c’est plus complexe.
Si votre capital est d’un euro et que votre entreprise accumule 50 000 euros de dettes, vous ne serez certes pas tenu sur vos biens personnels, sauf si vous avez fait des erreurs de gestion, mélangé vos comptes perso et pro, ou donné votre caution personnelle (ce que les banques adorent demander).
Parce que oui, avec un capital ridicule, les établissements bancaires réclameront systématiquement cette fameuse caution. Et dans ce cas de figure, l’effet protecteur du statut juridique disparaît comme neige au soleil. Vous vous retrouvez engagé personnellement, alors que c’était justement ce que vous vouliez éviter.
Quel impact sur le financement de votre activité ?
Démarrer une entreprise coûte de l’argent. Que ce soit pour le local, le matériel, les stocks, les frais de communication, les assurances, le comptable, les charges sociales du dirigeant, etc., la liste est longue. Or, si votre capital est symbolique, comment vous financez tout ça en attendant que votre activité génère des revenus ?
Trois options s’offrent à vous avec un capital social d’un euro :
- l’apport en compte courant d’associé (vous prêtez de l’argent à votre propre société) ;
- l’emprunt bancaire ;
- le bootstrap total, à savoir réinjecter immédiatement chaque euro gagné (mais si vous mettez trois mois à gagner vos premiers euros, vous n’êtes pas plus avancé).
Le souci avec le compte courant, c’est que cet argent reste un prêt que vous pourrez récupérer, donc ça n’améliore pas vraiment la solidité financière de votre structure. Quant aux banques, on en a parlé, bon courage pour décrocher un financement.
Est-ce qu’un capital faible peut tout de même se justifier ?
Inutile de se mentir non plus, il existe des situations où créer une entreprise avec un montant minimal n’est pas une catastrophe. C’est par exemple le cas si vous lancez une activité de service qui ne nécessite presque aucun investissement (conseil, prestations intellectuelles, etc.). Et cela se justifie d’autant plus si vous n’avez pas besoin de prêt bancaire ou que vous visez une clientèle de particuliers peu regardante quant à cet aspect.
Et si vraiment vous préférez tester votre idée avant de trop vous engager (dans le contexte économique actuel, ça peut s’entendre), je ne peux que vous recommander d’être tout à fait transparent. Quand vous vous retrouverez face à un partenaire ou à un financeur, jouez cartes sur table et reconnaissez que vous testez le marché avant d’envisager de renforcer vos moyens si ça fonctionne. Après tout, une simple modification des statuts suffit pour augmenter le capital social d’une entreprise. Ce n’est pas non plus une affaire très compliquée.
Quel est le juste milieu pour un bon capital social ?
La vraie question n’est pas de savoir combien au minimum vous devez investir dans votre activité, mais plutôt combien est nécessaire pour votre projet. En d’autres termes, faites un business plan sérieux.
Commencez par lister tous vos besoins des six premiers mois, ce qui inclut les équipements, le stock initial, la trésorerie pour tenir avant les premiers paiements de vos clients, et la marge de sécurité pour les imprévus. C’est le chiffre que vous obtenez qui est votre capital idéal, celui dont votre activité a vraiment besoin.
Dans la majorité des cas, une création d’entreprise tourne entre 5 000 et 20 000 euros pour une TPE classique, parfois plus selon l’industrie. Par exemple, pour un food truck, il faut compter au moins 30 000 euros, alors que pour une boutique en ligne sans stock, 3 000 euros peuvent suffire.
Pensez aussi à mixer les types d’apports. Vous avez un ordinateur, un véhicule ou du matériel ? Intégrez-les en nature dans votre capital, car ça augmente le montant affiché sans sortir plus d’argent. Attention toutefois, les apports en nature qui dépassent 30 000 euros nécessitent l’intervention d’un commissaire aux apports pour les valoriser.
N’oubliez pas, la perception compte plus qu’on ne croit
En matière commerciale, la confiance est une monnaie. Autant dire qu’un capital social décent démontre votre engagement, votre sérieux et votre conviction que le projet va fonctionner. C’est un signal très fort que vous envoyez à tous vos interlocuteurs.
À l’inverse, en affichant un euro symbolique sur vos statuts et sur tous vos documents, vous hurlez au monde entier que vous n’avez pas confiance en votre projet, même si vous estimez ne pas avoir besoin de plus. Que ce soit par prudence ou parce que vous n’avez pas d’économies de côté, le fait est que les autres ne l’interpréteront pas de la même façon que vous. Et puis, dans certains secteurs, c’est même carrément rédhibitoire. Assurez-vous donc de prendre cette question très au sérieux.
En bref, oui, créer une société avec un euro de capital social est parfaitement possible. La loi vous donne ce choix. Mais comme souvent, ce n’est pas parce qu’on peut le faire que l’on doit le faire. À vrai dire, cette décision n’est judicieuse que dans des cas très spécifiques (activités de service ultra-légères, phase de test avant lancement, absence totale de besoin de financement externe, etc.). En vérité, pour la majorité des projets d’entreprises, un capital symbolique créera plus de problèmes qu’il n’en résoudra.

