Vous êtes sur le point de lancer votre projet d’entreprise ? Mauvaise nouvelle, le dispositif ACRE vient de prendre un sacré coup dans l’aile. Depuis le 1er janvier 2026, la loi de financement de la Sécurité sociale a en effet complètement remanié cette aide à la création d’entreprise. Ce qui était avant quasi automatique pour tous les créateurs et repreneurs devient désormais bien plus restrictif.
Pour que vous puissiez y voir plus clair, je vous propose de décrypter cette réforme en quelques mots.
L’ACRE en 2026 : un recentrage radical
Il est fini le temps où presque tous les créateurs d’entreprise pouvaient bénéficier de l’exonération de cotisations sociales. Le dispositif ACRE fait désormais peau neuve, et pas franchement dans le bon sens pour les entrepreneurs.
La loi de finances de la Sécurité sociale 2026 a ainsi décidé de recentrer drastiquement les bénéficiaires sur les publics dits « fragiles » ou prioritaires. Concrètement, depuis le 1er janvier, vous ne pouvez prétendre à l’ACRE que si vous êtes dans l’une de ces situations au moment de créer ou de reprendre votre activité :
- Demandeur d’emploi indemnisé ou inscrit à France Travail au moins 6 mois sur les 18 derniers mois (même sans indemnisation) ;
- Bénéficiaire du RSA, de l’ASS ou de la PrePare ;
- Jeune de 18 à 25 ans (ou jusqu’à 30 ans si vous êtes en situation de handicap) ;
- Personne de moins de 30 ans non indemnisée par France Travail, car ne remplissant pas les conditions de durée d’activité ;
- Salarié ou ancien salarié reprenant une entreprise en difficulté (sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire) ;
- Créateur implantant son entreprise dans un quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV) ;
- Entrepreneur s’installant en zone France ruralités revitalisation (ZFRR ou ZFRR+) ;
- Personne ayant conclu un contrat d’appui au projet d’entreprise sous certaines conditions.
Si vous ne cochez aucune de ces cases, désolée, mais l’ACRE n’est plus pour vous.

Selon l’INSEE, en 2025, la France a enregistré un nombre record de créations d’entreprises avec 1 165 800 nouvelles immatriculations, soit une hausse d’environ +5 % par rapport à 2024.
Une exonération rabotée qui fait place au plafonnement
Accrochez-vous, parce que la réforme ne s’arrête pas là.
Non seulement l’accès est restreint, mais en plus, le montant de l’exonération a fondu comme neige au soleil. Avant 2026, quand votre revenu d’activité restait sous 75 % du plafond annuel de la Sécurité sociale (soit environ 36 000 euros), vous pouviez bénéficier d’une exonération totale de cotisations sociales. C’était un vrai coup de pouce pour démarrer sereinement.
Maintenant ? L’exonération est plafonnée à 25 % maximum des cotisations dues. Peu importe votre niveau de revenu, vous ne pourrez pas économiser plus d’un quart de vos charges sociales. Et cette limitation s’applique aux cotisations d’assurance maladie, maternité, vieillesse, invalidité-décès et allocations familiales. La durée d’exonération reste, elle, fixée à 12 mois, mais l’avantage financier s’en trouve considérablement réduit.
Pour un indépendant qui comptait sur l’ACRE afin d’alléger sa trésorerie lors de sa première année d’activité, ça fait mal. Plusieurs milliers d’euros d’économies potentielles s’envolent d’un coup. En tant que créateur, vous devez donc absolument intégrer cette nouvelle donne dans vos prévisionnels et tableaux de trésorerie.
Bon à savoir : Les chefs d’exploitation agricole qui relèvent de la MSA conservent l’ancien régime.
Fini l’automatisme, la demande devient obligatoire
Autre changement de taille, l’ACRE n’est plus attribuée automatiquement. Jusqu’à fin 2025, pour la plupart des statuts (sauf les micro-entrepreneurs), l’exonération se déclenchait d’office dès lors que vous remplissiez les conditions.
Mais depuis janvier 2026, que vous soyez travailleur indépendant, artisan, commerçant, profession libérale, praticien médical, gérant assimilé salarié ou micro-entrepreneur, vous devez obligatoirement déposer une demande auprès de l’URSSAF.
La procédure à suivre est assez simple :
- Finalisez votre déclaration de création d’activité sur le guichet unique de l’INPI ;
- Téléchargez le justificatif de création d’activité (disponible sur le guichet unique) ;
- Rassemblez les pièces justificatives qui prouvent votre éligibilité (attestation France Travail, notification RSA, etc.) ;
- Complétez le formulaire de demande d’ACRE correspondant à votre statut (disponible sur le site de l’URSSAF) ;
- Envoyez le tout via la messagerie du site urssaf.fr ou autoentrepreneur.urssaf.fr.
L’URSSAF a normalement 30 jours pour traiter votre dossier. Si vous n’avez pas de réponse dans ce délai, considérez que votre demande est acceptée. Vous recevrez plus tard une attestation d’admission dans votre espace en ligne. En cas de refus, l’organisme doit motiver sa décision.
Pourquoi cette réforme de l’ACRE ?
Sans surprise, l’évolution de l’ACRE s’inscrit dans une logique budgétaire assumée par l’État. Un rapport de la Cour des comptes publié en décembre 2025 avait en effet pointé un manque à gagner de 408 millions d’euros pour les finances publiques sur l’année 2024, en plus de questionner l’efficacité réelle du dispositif pour stimuler la création d’entreprise.
L’ACRE a même failli disparaître purement et simplement, en sachant qu’elle avait déjà subi un premier rabotage en 2020, en passant de trois ans à un an d’exonération. Sauf que cette fois, le législateur a choisi de la maintenir sous une forme beaucoup plus ciblée, réservée aux publics les plus éloignés de l’emploi. Une approche plus sociale que la logique d’aide généralisée qui prévalait jusqu’alors.
Avant de foncer tête baissée dans la création de votre entreprise, je ne peux donc que vous conseiller de prendre le temps de vérifier si vous remplissez les nouvelles conditions. Et si c’est le cas, n’oubliez surtout pas de faire votre demande rapidement après avoir déclaré votre activité. Toutefois, si vous n’êtes pas éligible, pas de panique. Cela ne doit pas vous empêcher de concrétiser votre projet entrepreneurial. Toutefois, intégrez cette absence d’aide dès le départ dans vos calculs et revoyez vos prévisionnels de charges en ajustant vos besoins de trésorerie.

