Si vous avez une idée, de l’énergie à revendre et aucune envie de partager votre projet avec des associés, la SASU est sans aucun doute le statut juridique qu’il vous faut. D’ailleurs, avec sa sœur aînée, la SAS, elle représente aujourd’hui près de 7 créations de sociétés sur 10 en France.
Mais avant de foncer tête baissée, je vous conseille vivement de prendre le temps de regarder l’envers du décor, car le choix du statut juridique est loin d’être anodin. Non seulement il détermine votre rémunération, mais il influence également votre protection sociale, vos impôts et même la façon dont vous pourrez céder votre entreprise au moment voulu.
Alors, est-ce que la SASU est vraiment faite pour vous ? C’est ce que je vous propose de découvrir aujourd’hui.
La SASU, comment ça fonctionne ?
La SASU, ou société par actions simplifiées unipersonnelle, n’est rien d’autre qu’une SAS qui ne compte qu’un seul associé. En d’autres termes, une personne physique ou une personne morale détient 100 % des actions. La société est ainsi dirigée par un président, seul dirigeant obligatoire, qui peut être l’associé unique lui-même ou un tiers.
Au quotidien, la gestion reste plutôt légère, puisque l’associé unique prend seul toutes les décisions et les consigne dans un registre. Une fois par an, il approuve les comptes dans les six mois qui suivent la clôture de l’exercice, puis les dépose au greffe. Il n’y a donc aucune assemblée générale à convoquer ni aucun associé à convaincre.
Cerise sur le gâteau, aucun capital social minimum n’est exigé à la création. Par conséquent, un euro suffit en théorie. De même, côté régime fiscal, la société relève par défaut de l’impôt sur les sociétés, au taux réduit de 15 % jusqu’à 42 500 euros de bénéfice (sous conditions), puis à 25 % au-delà.
Bon à savoir : Il est possible, sous certaines conditions, d’opter temporairement pour l’impôt sur le revenu. Parmi les critères à respecter pour l’entreprise, on retrouve l’obligation d’exercer une activité opérationnelle (activité commerciale, industrielle, artisanale, agricole ou libérale), être créé depuis moins de 5 ans, employer moins de 50 salariés, réaliser un chiffre d’affaires annuel ou avoir un total de bilan inférieur à 10 millions d’euros, ne pas être cotée en bourse, et avoir des droits de vote détenus a au moins 50 % par des personnes physiques (dont au moins 34 % par le dirigeant et les membres de son foyer fiscal).

Quels sont les avantages de la SASU ?
Si le statut juridique de la SASU a autant de succès auprès des entrepreneurs, ce n’est pas un hasard.
D’une part, la responsabilité y est limitée. En cas de coup dur, vos pertes se limitent en effet (en principe) au montant de vos apports. Votre patrimoine personnel reste ainsi à l’abri, sauf faute de gestion de votre part ou caution personnelle accordée à votre banque.
D’autre part, la SASU offre une grande liberté statutaire. Et pour cause, puisque la loi encadre très peu le fonctionnement de ce statut. C’est donc vous qui fixez les règles du jeu de votre activité à travers vos statuts.
Également, vous profitez d’une protection sociale de qualité. En tant que président, vous êtes assimilé salarié et vous relevez du régime général de la Sécurité sociale. Maladie, retraite de base et complémentaire, ou même invalidité décès, votre couverture est particulièrement solide.
Il ne faut pas non plus oublier que les dividendes ne sont pas soumis aux cotisations sociales. Dans les faits, ils supportent uniquement le prélèvement forfaitaire unique, qui est passé à 31,4 % en 2026 (12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux), ou le barème de l’impôt sur le revenu sur option. Croyez-moi, le gérant majoritaire d’une EURL ne peut pas en dire autant.
De même, la SASU a la particularité de vous donner une image très crédible. C’est même une société qui rassure les banques, les clients et les partenaires potentiels, bien plus en tout cas qu’une micro-entreprise.
Enfin, en choisissant ce statut juridique, vous ouvrez la porte aux futurs investisseurs. En effet, le jour où un associé veut vous rejoindre, votre SASU n’a qu’à se transformer en SAS (une procédure relativement facile). Inutile donc de changer de forme juridique !
Quels sont les inconvénients de la SASU ?
Ce serait tout de même mentir que de dire qu’il n’y a que des avantages à choisir la SASU. Tout n’est pas si rose qu’il paraît dans mes propos précédents.
En premier lieu, vous devez savoir que les cotisations sociales sont très élevées. Pourquoi ? Parce que la protection du régime général se paie. Comptez ainsi environ 80 % de votre salaire net en cotisations, contre 45 % environ pour un gérant majoritaire d’EURL. Si vous vous versez 2000 € nets par mois, votre société déboursera plus de 3 600 €.
Vous n’avez pas non plus d’assurance chômage, car votre mandat de président ne cotise pas pour que ce soit le cas. Par conséquent, si l’activité s’arrête, vous ne toucherez rien, sauf si vous avez souscrit une assurance privée.
Pourquoi ne pas se payer uniquement en dividendes, me direz-vous ? Là non plus, ce n’est pas si simple. En effet, les dividendes ne vous protègent pas, ni sur le plan social ni pour votre retraite. Si vous ne vous payez que par ce biais, vous ne validerez aucun trimestre de retraite et vous n’ouvrirez aucun droit aux indemnités journalières.
Pour finir, non seulement les formalités de création sont très lourdes, notamment avec la rédaction des statuts, la publication d’une annonce légale, la constitution du dossier d’immatriculation, etc., mais en plus, elle a un coût plus lourd au quotidien, ne serait-ce que pour la tenue de la comptabilité qui exige d’avoir recours à un professionnel, etc. Certes, c’est le propre de toutes les sociétés, sauf que pour une activité individuelle, la micro-entreprise est bien moins coûteuse (voire pas du tout) et plus simple à gérer. En contrepartie, vous n’avez pas les avantages évoqués précédemment.
En bref, comme vous pouvez le constater, la SASU coche beaucoup de cases. Elle est souple, elle est crédible, elle permet un patrimoine protégé, et elle offre une protection sociale de qualité. En contrepartie, elle vous demande néanmoins d’accepter des cotisations plus élevées sur votre salaire, ainsi qu’une gestion plus rigoureuse qu’une micro-entreprise, par exemple. Alors, pour savoir si vous devez réellement la choisir, mieux vaut que vous puissiez vous projeter quant à votre futur chiffre d’affaires, votre future rémunération et même vos ambitions à plus ou moins court terme.

